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LE RETOUR EST LE MOUVEMENT DU TAO : ZHU XIAO-MEI ET LES VARIATIONS GOLDBERG
27 mars 21h UQàM Salle Jean-Claude-Lauzon

et

DROGUES ET CRÉATION : UNE HISTOIRE DES PARADIS ARTIFICIELS
28 mars 21h BanQ

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Le FIFA, 33e édition, 2015

Entre le moment où la vie commence et celui où elle prend fin, l’être humain ne cherche-t-il pas à la fois à trouver le bonheur et à repousser les limites de la conscience?

Et puis, il y a l’Art. Celui qui émancipe les âmes, celui qui libère la création, qui donne naissance aux idées, aux sentiments et aux nouvelles formes d’expression. Pour les uns, la méthode est agencée à une philosophie, à un regard sur la vie qui est d’une logique pure. Pour d’autres, la recherche de la liberté passe par une substance qui les amène plus loin dans la compréhension de la réalité, vers la prophétie même.

Voici nos suggestions de deux films à voir au FIFA, sur les deux extrêmes d’une même conscience, peut-être.

ZHU XIAO over piano really 1900x1080

Dans la première optique, il faut voir LE RETOUR EST LE MOUVEMENT DU TAO : ZHU XIAO-MEI ET LES VARIATIONS GOLDBERG. C’est un documentaire comme une œuvre d’art, qui établit un lien directe entre le divin et la musique; en l’occurrence, celle de Jean-Sébastien Bach, et en particulier, ses Variations Goldberg. Ça coule de source, la source même de la vie, selon la pianiste Zhu Xiao-Mei qui partage sa passion pour la musique de Bach.

ZHU XIAO snowy sceneD’abord, il y a ces images sublimes de montagnes enneigées, blanches sur tons bleutés, de toits de chaume du village où à vécu Bach se découpant à contrejour à la brunante, et ces longs plans où on regarde Zhu Xiao-Mei jouer les Variations Goldberg, singulièrement concentrée, subjuguée par l’expérience sensorielle que la musique lui procure et que l’on ne peut que deviner, en tant que simple spectateur.

À ce décor serein s’ajoute la narration de la pianiste, dont le français porte un accent parisien tout en respirant la clarté des montagnes allemandes et la fluide simplicité de la poésie du philosophe chinois Lao Tzu. Des paroles claires, mélodieuses, rythmées et silencieuses, comme une prose couchée sur les lignes d’un carnet de musique; des analogies précises se fondent en musique entre les doigts trapus de Zhu Xiao-Mei sur les touches. Comme une méditation, envoutante et profonde, la musique, c’est un voyage.

Cette dame voue une allégeance totale à Bach, dont elle dit que la musique est « parfaite ». Elle l’apparente à la philosophie de Lao Tzu. Comme les Variations Goldberg ne se terminent jamais, cette musique se perpétue, comme un éternel recommencement, dit-elle.

« La musique c’est comme l’eau… limpide et fluide, elle se frappe à ce qu’il y a de plus dur, le roc. Mais c’est elle qui s’infiltre, qui coule et qui nourrit. L’eau c’est la vie. Et ça prend une vie pour apprendre que la plus grande force c’est la douceur. »

psychedelic manPuis, dans DROGUES ET CRÉATION : UNE HISTOIRE DES PARADIS ARTIFICIELS, on assiste presque à l’histoire de l’expression moderne depuis le 18e siècle; de Jean-Paul Sartre, William S. Burroughs et Alphonse de Musset, à Jean-Michel Basquiat, Miles Davis, Thelonius Monk et Charlie Parker, en passant par Jack Kerouac et Alan Ginsberg, les concerts drogués des Dreadful Dead, de Gong et de John Lennon. Dans ce documentaire fascinant en deux parties, on prend conscience du fait qu’autant de créations artistiques ont pu exister et forger de nouvelles formes d’art jamais « vues » auparavant, grâce à l’usage de drogues.

Même les contes de Dracula, Frankenstein et Alice au pays des merveilles ont été créées lors de trippes de mescaline, d’héroïne, de cocaïne, de hachich ou d’amphétamines. Ces substances étaient alors non seulement permises et en vente libre, mais aussi considérées dans les sphères intellectuelles et cliniques comme étant des agents essentiels à la thérapie et à la guérison.smoking

Par la suite, les artistes ont utilisé la drogue pour s’affirmer, comme un moyen de protester contre la société, voir même de se libérer de la programmation de l’ère de la consommation au tournant du siècle. Plus tard, à l’heure du mouvement de l’art psychédélique, la drogue servira à percevoir ce que l’être humain ne pouvait pas « voir » autrement.

On apprend aussi que jusqu’aux années 60, où les expériences psychotoniques étaient basées sur la molécule LSD, l’honnête croyance était que la drogue « ouvrait » l’esprit vers des horizons inconnus, même à des prophéties. Bon nombre d’artistes « revenaient » avec des images saisissantes en tête, qu’ils reproduisaient sur toile avec fidélité, ou une symbiose de sons sur scène. Aujourd’hui, par contre, la drogue de synthèse consommée dans les raves vise plutôt à fermer les esprits que les ouvrir.

Prévoir deux heures, car il y a une courte pause entre les deux parties comptant 45 minutes chacune.

Sophie Pascal

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