Michaëlle Jean à l'OIF
Michaëlle Jean. Photo AP

Il y a presque 10 ans, j’ai eu le plaisir de rencontrer Michaëlle Jean à l’occasion d’une de ses visites protocolaires à Montréal, alors que j’effectuais un mandat de relations publiques pour une cliente haïtienne.

La toute récente titulaire du poste de gouverneur général du Canada s’était adressée à un auditoire constitué principalement de personnalités de la communauté haïtienne locale, triées sur le volet. Elle s’était exprimée avec diplomatie, mais aussi avec beaucoup de chaleur — je dirais même, d’amour — envers ce public qui lui rendait fidèlement son affection et sa fierté. On la sentait authentique, généreuse, vraie. Elle donnait la même qualité d’attention à tous, avec ce même sourire contagieux.

Pour les Haïtiens, elle semblait leur appartenir, comme une sœur, une fille du pays. Il n’y avait pas d’obstacles protocolaires, pas de ton hautain qui trahi l’aura d’arrivisme chez d’autres. Et bien qu’elle se soit exprimée principalement en français, c’était très émouvant d’entendre de la part de la gouverneur général du Canada, quelques brides de réflexions en créole. C’était une expérience mémorable, et d’une rare beauté dans un contexte sociopolitique.

Ce soir-là, je la voyais briguer la présidence d’Haïti… Mais madame Jean avait d’autres objectifs, et visait plutôt l’international comme un tremplin vers des gestes plus significatifs pour le bénéfice du plus grand nombre.

Aujourd’hui je suis très heureuse de la voir accéder au poste déterminant de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, mais pas en tant que l’Haïtienne que je ne suis pas, ni en tant que canadienne, ni même en tant que femme. Je suis heureuse en tant que citoyenne qui cherche à comprendre les enjeux de tous les peuples. L’être humain dans son plus simple appareil, est-il heureux ou dans le besoin? Que doit-on faire pour remédier à sa situation?

Je pense que ce sont ces questions-là qui préoccupent Michaëlle Jean. Son histoire personnelle comme le terroir d’une telle réflexion, elle a appris le langage de la diplomatie, et elle se comporte aujourd’hui comme un chef d’état. Mais ce qui fait sa différence, je pense, c’est sa capacité d’allier la compassion à l’intelligence.

Le pouvoir étant tristement analgésique pour une grande majorité des dirigeants de la planète, ce qui différencie Michaëlle Jean c’est que malgré les galons, les obligations et les responsabilités, elle n’a pas perdu sa capacité de s’émouvoir. Elle sait danser, rire et partager le bonheur des gens. Surtout, elle est capable de pleurer avec eux et de reconnaitre leur souffrance. Ce qui est, selon moi, la porte d’entrée de toutes les solutions.

Il semblerait, oui, que sa capacité de percevoir l’âme humaine fait d’elle aujourd’hui la représentante non seulement de la Francophonie, mais aussi d’une espèce rare de la classe politique. Michaëlle Jean touche les gens.

Maintenant et de plus en plus, madame Jean est une grande dame de la scène international et un joyaux pour l’Humanité. Et elle ne fait que commencer à dessiner son empreinte sur le monde.

Sophie Pascal

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