Roger Marie Eugene, dit Shoubou

C’était le 20 juillet 2014 à Montréal. Pendant la canicule. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu le Tabou ici. Et ce fut tout un cadeau pour la communauté haïtienne de Montréal, la troisième en importance en Amérique du Nord, après New York et Miami, avec plus de 100,000 personnes.

Une foule de 25 000 personnes, Place des Festival à Montréal

Tabou Combo, fondé en 1967 en Haïti, est un des pionniers du konpa directe, musique populaire haïtienne. Au cours des quelques 40 dernières années, le Tabou se sera exilé aux États-Unis, ses membres se seront dispersés puis réunifiés, quelques uns remplacés. Mais il réussira à maintenir sa pérennité, sa tradition et l’essence même d’un style constitué de konpa, de rara, de soukouss, de samba et de funk. À l’instar de groupes faisant preuve de longévité tels que les Rolling Stones, les Neville Brothers, l’Orchestre Baobab ou Kassav, les « vieux » du Tabou Combo sont les gardiens d’une précieuse signature musicale qui contribue, disque après disque, bal après bal, à l’appartenance culturelle du peuple haïtien. D’où lanmou péyi mwen, « l’amour de mon pays », le repère principal évoqué dans plusieurs pièces musicales, telles que Haïti Chérie.

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Le plus jeune membre du groupe, le nouveau batteur Jonas Imbert

Ce soir, on voit un nouveau visage, celui de Jonas Imbert, qui remplace désormais Herman Nau, un des membres fondateurs, à la batterie. À 25 ans, Imbert assume un role essentiel : le maintien de la cadence, le fil conducteur d’un orchestre que l’on dit ne plus avoir besoin de répéter avant de monter sur scène. Aujourd’hui le Tabou exige — et reçoît — le respect de ses fans, mais aussi de la relève, car les renommés Roger Marie Eugene « Shoubou », et Yves Joseph « Fanfan » sont des mentors de la mouvance konpa nouvelle génération d’où provient le président d’Haïti, Michel Martélly, ex-chanteur et leader du groupe Sweet Mickey.

Le konpa est une musique vraie et entrainante, qui a d’abord été jouée à la basse, à la guitare (lead et rythmique), et aux percussions, à laquelle on a ajouté claviers, chanteurs, et une section cuivres. C’est un son authentique et riche, et sa structure rythmique unique berce doucement dans un bonheur limpide et insouciant. Les morceaux sont typiquement assez long (8-12 minutes), pour permettre aux danseurs de s’éterniser langoureusement sur la piste…

2014-07-20 22.52.46 Tabou big moun

Petit fait historique, le Tabou a été le premier orchestre haïtien à se produire en Afrique. Les Africains ignoraient alors que ces musiciens arrivaient des Caraïbes, mais plutôt d’un autre pays du continent, tellement les rythmes sont fraternels.

Dans ce collage d’extraits du spectacle du 20 juillet à Montréal, on retrouve l’ambiance enveloppante du konpa, caractérisée par la section cuivres et les claviers synthétiseurs que l’on entend dans les bals à ce jour. Les gens y dansent collés, sur un rythme facile en 1/2. C’est une expérience joyeuse et magnifique, que de danser un bon konpa.

 

Puis, comme dernier bonbon, écoutez l’emblème de la chanson haïtienne, “Haiti Chérie”, dans un plus long extrait. On y chante l’obligation de l’Haïtien de retourner en Haïti même s’il l’a quitté pour vivre dans la diaspora. L’amour du pays ne le quitte jamais. Comme pour en témoigner, voyez cet homme qui semble se recueillir sur cette seule pensée au beau milieu d’une foule imbibée de joie et bombée de fierté, au rythme de ce konpa qui berce le cœur et l’âme au gré d’une brise lointaine jamais oubliée.

Haiti Chérie avec solo guitare

 

Sophie Pascal

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