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Un film de Xavier Dolan
Écrit par Xavier Dolan et Michel Marc Bouchard
Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy et Evelyne Brochu

 

Tom à la ferme est une première excursion du réalisateur Xavier Dolan dans l’univers du thriller psychologique, où la haine côtoie de très près le désir charnel. Un film intéressant et bien monté, mais parfois incongru.

À l’occasion des funérailles de son amant, Tom doit affronter l’homophobie délirante du frère, Francis (le très convainquant Pierre-Yves Cardinal), dont il ne savait pas l’existence, en même temps que maintenir la mère dans l’ignorance des faits.

Pierre-Yves Cardinal, dans le rôle de Francis
Pierre-Yves Cardinal, dans le rôle de Francis

Voilà où se situe le conflit principal de ce film adapté de la pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard. C’est lui qui a proposé à Xavier Dolan de tenir le rôle de Tom.

On est plongé dès les premières images dans le monde rural québécois — on est un peu dans l’univers de Marécages —, loin du vacarme de la ville, mais peut-être aussi de la diversité culturelle — et surtout, sexuelle.

On surplombe des champs à perte de vue grâce à des images aériennes. À l’arrivée de Tom à la ferme, on entend le bruissement calme des épis de maïs qui s’entrechoquent au gré du vent. On sent l’odeur des vaches et de la paille. On entend un chien qui aboie au loin, un camion diesel qui passe. Mais c’est un silence péremptoire.

Car on est rapidement témoin de la brutalité et de l’intolérance de Francis à l’égard de Tom, et d’une certaine folie qui commence à habiter non seulement le bourreau, mais la victime. En fait, personne ne connait l’orientation sexuelle du frère défunt, Guillaume, ni la relation qu’il avait avec Tom. À l’insupportable réalité qu’un membre de la famille soit homosexuel, s’ajoute alors la passion destructrice de Francis, puis la résignation de Tom qui encaisse ses agressions comme pour fuir l’immensité de sa peine.

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Tom dans le champs de maïs avec Francis.

Par le fait même on entrevoit les pulsions homosexuelles de Francis, refoulées avec férocité, ainsi que le syndrome de Stockholm qui s’installe chez Tom, pris entre l’amour, le deuil et la terreur. Les scènes où ils dansent un tango ensemble dans la grange et où ils s’imbibent d’alcool jusqu’aux portes du désir, nous renseignent sur le conflit passionnel en cours.

Par contre, beaucoup de gros plans et de musique symphonique en crescendo ne font pas forcément un thriller. Car ici, il y a quelques invraisemblances qui nous empêchent d’y croire complètement.

D’abord, compte tenu du drame émotif que vit Tom, on ne lit pas beaucoup d’émotion dans le visage de Dolan, ni le terrible conflit qui déchire son personnage. D’autre part, s’il s’agit d’une relation sado-maso avec Francis, Tom est beaucoup trop « baveux » pour être émotivement sous l’emprise d’un être dominant. Par exemple, après avoir reçu une raclée de Francis dans un champs de maïs, Tom dit à Francis qu’il “va tout dire à Agathe” (sa mère). Il semble invraisemblable que Tom, affaibli et battu, tienne à éveiller de nouveau la colère de l’autre.

C’est aussi peu crédible que Francis, qui fait deux fois le poids de Tom, lui assainisse des coups avec la force d’un colosse enragé, et que les blessures de Tom se résument à des égratignures causés par les feuilles tranchantes des épis. Aussi, que Francis ressente tout d’un coup un élan de tendresse à l’égard de Tom en lui changeant son bandage lorsqu’ils sont seuls dans le garage peut sembler un peu naïf compte tenu de la méchanceté de l’agresseur. En plus, le lieu se prête parfaitement à la torture — non seulement Tom devrait avoir une peur bleue de s’y trouver seul avec lui, mais Francis pourrait, en effet, faire subir des sévices inimaginables à Tom (à la sauce Misery) avec tout ces outils de mécanique sous la main. Ici le thriller a peut-être manqué une occasion créatrice.

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Lise Roy incarne la mère de Guillaume et Francis, Agathe.

Quant à la distribution, la mère, incarnée par Lise Roy qui joue également dans la pièce de théâtre, est trop belle! Son visage n’est pas boursoufflée par les larmes ni celui d’une femme qui vient de perdre son fils. On arrive difficilement à croire qu’elle est endeuillée.

Evelyne Brochu, en tant que Sarah
Evelyne Brochu, en tant que Sarah

Seul le personnage d’Evelyne Brochu, venue pour faire semblant d’être la blonde de Guillaume, semble tenir la route: elle voit la violence de Francis pour ce qu’elle est, et elle le dénonce tout de suite en essayant de le faire comprendre à Tom, devenu impassible. Mais là encore, ce n’est pas très plausible qu’une fille qui reconnait un abuseur se saoule avec lui en attendant l’autobus qui la ramène chez elle à Montréal.

Et puis, c’est étonnant qu’un gars qui travaille dans une boite de pub en ville puisse s’absenter pendant trois semaines au pied levé. Mais, bon…

C’est un premier du genre pour Xavier Dolan, que l’on doit saluer pour son audace et sa signature cinématographique toujours unique et assumée. Mais on peut espérer qu’il veuille approfondir les détails psychiques de ses personnages dans le futur. Dans le genre thriller psychologique, Denis Villeneuve a su creuser un peu plus dans les méandres visqueux de l’esprit dans Ennemi.

SP

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