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Un film de Daniel Grou (Podz)
Selon un scénario de Gabriel Sabourin
Avec Marilyn Castonguay, Xavier Dolan, Julien Poulin, Louise Turcot, Gilbert Sicotte, Robin Aubert, Anne Dorval, Jean-Nicolas Verreault et Gabriel Sabourin

« Pourquoi est-ce que c’est lui qui a survécu et tous les autres sont morts? »

J’aime ce gars-là, Podz. J’aime aussi Gabriel Arcand.

Miraculum. C’est un titre en un mot. Comme Mélancholia. En fait, le ton sombre du film fait penser au cinéma de Lars Von Trier. D’ailleurs, je soupçonne que la cinématographie de Daniel Grou, alias Podz, soit influencée par l’œuvre de Von Trier. Des gros plans, des plans séquences, une étude psychologique sous-jacente, une catastrophe.

Mais on est dans l’univers de Podz. D’abord, l’image dénudée de couleur, d’un bleu grisâtre désaturé que l’on reconnait dans 19-2 et dans plusieurs pubs télé aujourd’hui, puis le regard furtif de la caméra qui « espionne » le sujet entre deux murs, ou qui glisse doucement pour amener le spectateur directement sur sa cible. La musique arrive seulement lorsqu’on en a besoin. Sinon, c’est le vide sonore.

Et puis il y a ces relations inachevées, ces amours incompris, ces liens non-complémentaires, douloureux ou frustrants qui ne nourrissent pas l’âme qui en a désespérément besoin. Comme celle de Bérof dans 19-2 ou du personnage de Claude Legault dans Minuit le soir, qui vivent tout deux des manques d’amour sans répit, une douleur jamais apaisée, c’est le même calvaire pour le jeune délinquant dans 10½.

Avec Miraculum, on reste dans cet univers glauque et angoissant, empreint de la réalité humaine qui comprend les deux cotés de la médaille: le bonheur mais aussi l’incertitude et la mort, parfois tout en même temps. Dans ce film choral, plusieurs histoires déroulent sous nos yeux, en temps réel et en flashback, et c’est au spectateur d’en tirer ses conclusions. Comme dans la vie, finalement. Nous ne connaissons pas le tracé des autres passagers dans un avion qui s’envole vers Cuba. La vie est une question de chance, n’est-ce pas?

Dans la première scène, un avion s’écrase à l’aéroport de Montréal. Il n’y a qu’un survivant. Un grand brulé défiguré repose dans le coma à l’hôpital. Personne ne sait qui il est.

Robin Aubert est joueur compulsif. Il ment à sa conjointe Anne Dorval qui file une jolie dépression. Elle tombe en larme dans la salle d’essayage de maillots de bain, mais la vendeuse n’a pas la moindre sympathie pour elle. Lorsque Aubert la voit, il lui lance « C’est quoi cette face? » Rien pour apaiser la détresse, encore une fois. Elle n’ira pas en vacances à Cuba avec lui. Lui non plus, mais elle ne le sait pas.

Julien Poulin est barman au Casino et amoureux de Louise Turcot, la responsable du vestiaire. Ils sont sexagénaires et pas du tout libres mais ils iront dans le Sud ensemble, à Cuba. Il a une peur bleue des avions.

Un homme passe une petite fortune en drogue par les «voies naturelles » contre une grosse somme d’argent qu’il présente à son frère pour rembourser une dette. Mais celui-ci ne veut pas le voir. On sent un drame familial. On extrapole. Là aussi, aucun dénouement heureux, mais tout n’est pas comme il le semble non plus.

Xavier Dolan se meurt d’une leucémie mais refuse une transfusion de sang. Il lit et relit des extraits de la Bible.

Marilyn Castonguay — qui crève l’écran à chaque gros plan — tient le personnage central qui doit épouser Dolan. Elle est infirmière. C’est elle qui s’occupe du passager qui a survécu. Elle aussi est ardente Témoin de Jéhovah, mais est tentée de donner de son sang pour sauver la vie de « l’homme de d’avion », qui se trouve avoir le même rare groupe sanguin. Elle serait ainsi exclue de sa communauté pour avoir enfreint les règlements fondamentaux de sa religion.

Marilyn Castonguay
Marilyn Castonguay. Une distribution de talent québécois sans pareil.

Le doute s’installe lorsque la « vérité » dont on est absolument, résolument certain, s’avère fausse, ou pas forcément vraie. Ni la religion alors, ni les déductions « logiques » au casino, ni les décisions prises sous l’emprise de l’amour, ni les gestes que certains considèrent comme étant criminels, ni même la science médecine ne donne toujours le même résultat à 100%. Le destin se réserve le droit de changer de trajectoire à tout moment. Ce que tu crois, ce à quoi tu t’attends, ce sur lequel tu as basé ta vie — tout peut changer, se déplacer dans la réalité, dans les méandres d’un plan céleste qu’on ne peut que deviner.

Si on doit retenir quelque chose de la toile qu’a tissé Gabriel Arcand, c’est que nous ne pouvons être sûr de rien.

Aussi Podz semble avoir voulu être particulièrement clair en laissant tomber cette réplique emblématique de Gilbert Sicotte deux fois plutôt qu’une:

« Peut-être que si les avions tombent du ciel, c’est que votre dieu tout puissant n’existe pas. »

On est loin — très loin — de la ferveur religieuse qui envahit de plus en plus le paysage cinématographique américain en ce moment.

Le miracle c’est peut-être de survivre à ce qu’on n’arrivera jamais à contrôler.

J’aime Miraculum.

– SP

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