Réalisé par Abdellatif Kechiche
Avec Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux

Inspiré de la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

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Adèle rencontre Emma

La Vie d’Adèle est un film ambitieux traitant d’un sujet qui reste tabou dans la plupart des cultures. Mais apparemment la France n’a plus cet obstacle depuis l’adoption du projet de « mariage pour tous » qui reconnait désormais le mariage entre personnes de même sexe, car le film a gagné la Palme d’Or au Festival de Cannes cette année — il semble y avoir souvent un angle politique dans le choix des jurys —, car si l’histoire est pertinente et les performances d’actrice hors pair, il reste qu’il existe des lacunes qui, à mon avis, justifient difficilement l’octroi du prix.

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Adèle Exarchopoulos tient le rôle principal

Ceci dit, l’interprétation d’Adèle Exarchopoulos, dans le rôle principal, celui de cette adolescente qui découvre sa sexualité en même temps qu’un amour dévorant pour une autre femme, est empreinte d’une vérité déroutante. D’ailleurs, on apprend à travers les entrevues des deux actrices que le tournage a été particulièrement difficile, dû aux exigences démesurées du réalisateur. On peut le croire, car l’intensité des émotions qu’évoque Adèle Exarchopoulos dépasse carrément nos attentes. En plus des larmes qu’elle produit en direct devant la caméra, elle nous plonge dans le cœur à fleur de peau — et le corps, même — de son personnage.

Dans une scène particulièrement tragique où son amoureuse, Emma, une artiste à succès interprétée par Léa Seydoux, la met littéralement dehors parce qu’elle a couché avec un homme — en somme, une scène de ménage assez typique — l’attachement fusionnel d’Adèle à Emma et la cassure qui s’en suit la démolit. On voit l’actrice et son personnage se fondre dans la douleur et le néant affectif de la rupture. Tout semblant de dignité perdu, les pleurs d’Adèle déferlent et se mêlent aux supplications, aux tremblements et même à l’hyperventilation; le tout se confond dans l’aspect physique des deux Adèles — l’actrice et le personnage — pour incarner jusque dans sa chair le cataclysme du chagrin inconsolable, le deuil amoureux.

Le film pourrait aussi se résumer à la fois par ce que l’on voit et par ce que l’on ne voit pas. D’un coté, l’aspect extra-explicite des scènes de sexualité, par exemple, où quasiment rien n’est laissé à l’imagination, sont tournées sous grand éclairage et montrent les ébats amoureux de ces femmes avec un regard cru et plutôt masculin, dénudés de sensualité, voire peu crédible, pouvant en rendre plusieurs mal à l’aise. Ces séquences, longues et gratuites, réduisent l’action à de la pornographie et rallongent le film sans apparente justification, si ce n’est que pour montrer un coté strictement charnel.

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Léa Seydoux, la sensuelle Emma

D’autre part, le fait que l’usage des gros plans soit privilégié par le réalisateur donne un ton intimiste au film. Mais en même temps, ce qui manque, c’est le regard intérieur. Dans un amour aussi passionnel, l’aspect viscéral, inexplicable, d’un tel lien a une importance significative. Ici, on ne sent pas ce qu’Emma représente exactement pour Adèle, ce qui la pousse à se glisser corps et âme dans une passion aussi dévorante, un amour aussi fou. On ne sait pas ce qu’elle en tire exactement, de quoi elle a besoin. Pas plus du coté d’Emma dont la sensualité irrésistible est rendue avec finesse par Léa Seydoux, mais dont le caractère se révèle un peu volage.

La Vie d’Adèle est un film néanmoins important, du fait qu’il arrive à définir sur grand écran une relation amoureuse entre deux femmes comme une histoire d’amour banale, finalement — mais seulement quand la société, les familles et l’entourage acceptent cette réalité comme étant normale. Sinon, le scénario serait différent. Avoir pu imposer la réalité amoureuse homosexuelle avec une œuvre destinée au grand public est une réussite de taille pour Abdellatif Kechiche.

– SP

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