Ours de cristal au Festival international de film de Berlin en 2011, The Flood (Mabul, version originale en hébreu, sous-titré en anglais) est un film dur et tendre à la fois, sur les difficultés d’une famille modeste en Israël, présenté en ouverture du Israel Film Festival à Montréal.

On suit les festivals ethnoculturels pour l’occasion qu’ils nous offrent de poser un regard curieux sur les communautés des autres, pour voir ce qui se passe dans la cour des voisins. L’intérêt des festivals communautaires réside donc dans le fait qu’ils offrent un regard sur soi, parfois pour soi, souvent savoureux, toujours instructif.

Le festival du film israélien majoritairement anglophone nommé officiellement The Israel Film Festival, s’est positionné comme étant une vitrine sur la société israélienne d’aujourd’hui. Pour cette raison, on n’y voit pas forcément les films les plus récents, mais ceux qui ont une résonnance particulière pour son directeur, Eran Bester, et qui montrent l’État d’Israël dans son quotidien.

Par contre, ce festival a aussi la charge de se différencier de l’autre Festival du Cinéma Israélien (produit par la communauté sépharade et surtout francophone), qui a eu lieu cette année un mois plus tôt. Ce dédoublement a tendance à créer une confusion inutile, à mon humble avis, et semble être contre-productif quant à l’image que cela peut projeter sur l’ensemble de la communauté. Vu d’un autre angle, ceci permet aux cinéphiles montréalais de s’abreuver du produit culturel israélien deux fois plutôt qu’une…

Ceci dit, il y a toujours des trouvailles. Cette année en ouverture, on nous a proposé un film intitulé The Flood (Mabul), une co-production Israël-Canada-France, qui montre la désolante qualité de vie d’une famille dysfonctionnelle habitant un village non loin de la côte, près de Tel Aviv, proche à la fois d’un chemin de fer et de la mer. Et c’est une histoire qui aurait pu se dérouler dans n’importe quelle famille, dans n’importe quel pays.

Guy Nattiv

The Flood se rapporte au récit biblique de Noah qui fait l’objet de lecture du jeune Yoni à sa Bar Mitzvah. Yoni est petit pour son âge et se fait harceler à l’école. Lors de la soirée d’ouverture, le réalisateur Guy Nattiv nous a confié que l’analogie lui était parfaite, car l’histoire est un calque de sa propre jeunesse, où il avait aussi été le souffre-douleur des grands à l’école, parce qu’il était petit pour son âge.

De fait, The Flood a les allures du tout récent film américain Bully, dans tout le malaise de l’intimidation exercée sur les plus petits dans une école secondaire, sans toutefois le mélodrame de ce dernier. On peut aussi se retrouver un peu dans le film-choc Walter (Royaume-Unis, 1982), sur le dépassement des aidants naturels lorsqu’ils doivent s’occuper d’une personne ayant un handicap intellectuel. Dans The Flood, il s’agit de la désinstitutionnalisation d’un adolescent autiste, le frère de Yoni, qui bouscule complètement l’équilibre déjà précaire du noyau familial dont tous les membres cherchent à s’évader. Et là on peut aussi penser à The Intimate Grammar de l’édition 2011 de ce même festival, où un jeune en crise d’adolescence trouve difficile de grandir dans une famille qui est, là aussi, dysfonctionnelle.

Fait intéressant pour la ferveur canadienne, The Flood est soutenu par une trame sonore du Québécois Patrick Watson qui y apporte une aura d’effervescence et de légèreté, comme autant de nuages filandreux de barbe-à-papa qui passeraient au dessus de nos têtes. En effet, ça pourrait arriver n’importe où.

Le festival continue jusqu’au 6 mai et comprend aussi le film Footnote, en nomination aux Oscars plus tôt cette année, qui m’a plutôt laissé sur ma faim. Autant j’ai trouvé la prémisse de ce film intéressante, autant j’ai été hautement dérangée par la trame musicale qui se veut une présence orchestrale inutilement prétentieuse et qui a eu comme résultat de réduire la portée de l’œuvre à un film d’aventure pour enfant.

Mais il y a aussi d’autre films d’intérêt, soit My Australia, My Lovely Sister, et Playoff. Voir la programmation : israelifilmfestival.ca

SP

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