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UNE SÉPARATION
Réalisé par Asghar Farhadi
Avec Peyman MaadiLeila Hatami, et Sareh Bayat
Oscar 2012 pour le Meilleur film en langue étrangère

L’Iran était un pays ouvert à l’Occident, avant la Révolution. Il était le premier de tous les états du Moyen-Orient à légaliser l’avortement, par exemple, avant même la France, à l’ère de Reza Shah dans les années 70s.

En voyant le film Une Séparation, on croit aussi à l’égalité entre homme et femme, à une certaine liberté d’expression et au libre accès au travail et à l’éducation, même aujourd’hui où le port du hijab est devenu obligatoire.

Mais la femme dans l’histoire, Simin, veut quitter sa vie en Iran. Elle croit qu’il y a meilleur ailleurs pour elle et sa fille. Elle a demandé un visa et il lui reste 40 jours pour quitter le pays. Le mari, Nader, ne veut pas partir, car il veut s’occuper de son père atteint de la maladie d’Alzheimer.

Entre l’entêtement et la dignité des protagonistes, la lourdeur des responsabilités et des enjeux, puis l’histoire de cet autre couple dont la qualité de vie est bien différente, empreinte à la fois de désespoir et de rigueur religieuse, qui s’entremêle à la première, le regard silencieux de la fille du couple apporte une autre dimension encore.

Une Séparation est une oeuvre dense. Filmée avec une seule caméra, on suit chaque geste des personnages dans leur quotidien de manière presque linéaire. Et tous les acteurs sont d’une telle justesse qu’on peine à croire que ce n’est pas un documentaire, qu’on n’assiste pas à ces situations en direct. De ce fait seulement, c’est un film captivant.

Autre fait particulier, c’est qu’en dépit des impasses que vivent les personnages, de ces litiges de la vie courante dans lesquels ils sont entraînés malgré eux, ces gens ne cessent de se parler, de tenter de trouver une résolution à des problèmes graves.

Les scènes au tribunal sont particulièrement édifiantes, car il n’y a pas d’avocat présent pour l’une ou l’autre des parties au stade de l’enquête préliminaire*. Les gens se défendent seuls, en racontant leurs histoires comme ils le peuvent, en invectivant leurs adversaires et en tentant d’influencer l’opinion du magistrat. Vous avez donc à vous démêler de vos ennuis avec votre seul sang froid et votre capacité de bien argumenter…

C’est là où réside la beauté de ce film dont les couches sont multiples. Est omniprésente une sorte de vérité et surtout une humanité dans le sens des responsabilités, de l’ordre et de la justice de chacun. C’est l’être humain à l’état brut, sa vie en direct.

En dépit du regard insistant de l’épouse qui ne rencontrera plus celui du mari, et du souhait ardent mais impuissant du spectateur qui en est le triste témoin, à la fin, on asisste à ce qui est en fait, une séparation. Des idéaux, des passions, des efforts. De la vie conjugale.

Le film nous offre un regard suffisamment différent, tout en douceur non partisane (le film ne serait jamais sorti de l’Iran autrement), qu’il réussit à nous présenter l’Autre tel qu’il est, dans sa cuisine, dans son univers intime, prit avec sa situation familiale, ses décisions et leurs conséquences.

Et c’est là que l’on voit que nous vivons tous les mêmes histoires, en fin de compte.

* Moyen procédural qui consiste à recueillir des témoignages et des informations dans l’intérêt de la vérité. Aujourd’hui, le système juridique iranien comprend à la fois le concept ‘inquisitoire’ du droit civil, présent avant la Révolution, et la Sharia, la loi islamique imposée par la suite par l’Ayatollah Khomeini.

À ce sujet, lire un article de fond dans le New Yorker sur la dimension juridique en Iran, telle que relatée dans le film.

SP

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