Avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, Sami Bouajila
Réalisé et écrit par Pierre Salvadori

Les personnages d’milie ( Audrey Tautou ) et de Jean ( Sami Bouajila ) sont complètement opposés. Jean est introverti, très instruit et digne, fait une dépression nerveuse à l’UNESCO ( où il travaille comme traducteur/interprète ) et se retrouve à travailler comme électricien/homme à tout faire dans un salon de coiffure dans un patelin près de Marseille. Il est doux, réservé, droit et respectueux.

Émilie ne prend pas au sérieux la lettre d’amour anonyme qu’elle reçoit, ne sachant pas qu’elle est de Jean. Elle est le contraire même de Jean. C’est elle qui est la brute, qui envoie promener sa mère ( Nathalie Baye ) sans cligner de l’œil tout en voulant son bonheur et qui jette aux ordures les effets personnels de son employé fraichement renvoyé. Elle est intimidante par sa rudesse, mais c’est elle qui est subjuguée par l’érudition de l’autre. On voit le contraste des personnages sur le plan intellectuel mais on constate aussi que chacun souffre d’un manque de confiance atrophiant.

L’histoire de lettres anonymes et de quiproquos est loufoque, mais sans plus. Les engueulades à la française sont prévisibles et agaçantes et les tentatives d’humour tombent souvent à coté. C’est plutôt le personnage de Jean, le beau Maghrébin malheureux à la plume romantique ( qui n’est jamais arabe dans le film — voire, ayant une culture propre à lui ) — qui donne à l’œuvre son goût de fraicheur.

En effet, ici jamais la couleur de la peau de « Jean » ( ni Driss, ni Moustapha ni Salim, faut-il le souligner, il s’appelle Jean — est-ce pour démontrer l’intégration parfaite des générations immigrantes ? ) n’est évoquée, jamais une allusion au couscous, au jasmin ou au voile, à la culture ou à l’histoire d’un autre patrimoine, et jamais on ne le voit comme étant autre qu’un homme comme les autres en France. En plus, il parle parfaitement le coréen, le japonais et l’italien et corrige le français d’Émilie, c’est le comble ! Était-ce le mandat du réalisateur d’offrir ce regard égalitaire en trame sous-jacente ? Dessiner une image, toute de droiture et de complaisance, de l’Arabe qui est bien en France ?

Éventuellement Émilie comprend tout et voit ce que c’est que l’amour, enfin. C’est peut-être ce qu’il y a de plus touchant dans cette histoire : que par la découverte d’un fait improbable, une personne « odieuse » puisse rejeter la facilité et apprivoiser le chemin ardu des sacrifices, de l’effort et de l’engagement réel.

Film léger. Mignon.

Sophie Pascal

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