Signatures pour Claude

Hommage à Claude Jeannot à Montréal vendredi soir, 13 mai 2011.

Une salle remplie d’amis et de collègues de Claude, excellent guitariste haïtien connu de tous, terrassé par une crise cardiaque mardi 10 mai, lui a offert ses respects en musique dans une salle dîner-spectacle du quartier Montréal-Nord. Philippe (Toto) Laraque — oui, parent de l’autre —, lui-même un guitariste-compositeur habitué des festivals, avait organisé la soirée, agit comme maître des cérémonies et maestro de scène, et rassemblé tous les musiciens de la communauté pour rendre hommage à celui que l’on nommait amicalement, Ti-Claude.

Loin d’être une soirée solennelle dans le sens occidental (ou blanc) du terme, tout moun présent avait le cœur lourd mais le sourire aux lèvres et la musique dans l’âme. Ainsi les plus importants guitaristes de la très riche communauté artistique haïtienne ont défilé sur scène en solo, comme l’unique Felice (Cheche) de la Cruz qui a livré deux compositions originales conçues avec Claude, dont un magnifique flamenco qui a fait lever la salle, ou en duo avec Toto, comme Harold Faustin qui a offert une version instrumentale sentie de « Summertime » à la George Benson comme on le lui connaît. Puis des chanteurs d’orchestres de konpa traditionnel se sont succédés pour souhaiter un bon départ au frère en chanson, ainsi que le « patriarche » de la communauté, l’infatigable Joe Trouillot.

Les conversations tournaient autour du défunt sur fond de rythmes Caraïbes, et même « Les Jeux interdits » livré avec intensité par le maître guitariste qui a enseigné l’instrument à Toto, dans une ambiance bon enfant, où on se disait, « où es-tu donc passée, on ne te voit plus! », ou « ça fait des lustres, on devrait prendre un café… ». D’autres parlaient de leurs projets pour Haïti, d’autres de la lourde perte que représente le passage de Claude et que dans un moment comme celui-ci on sert ses enfants dans ses bras un peu plus fort que d’habitude.

Comme quoi, parfois, même presque toujours — si l’on en croit le vieux dicton africain, « les morts ne sont jamais morts », voulant dire qu’ils continuent à vivre parmi nous et à influencer le monde après leur départ — les morts contribuent à la vie des vivants. Ainsi vendredi soir, bon nombre de gens qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps se sont retrouvés ensemble au même endroit, autour du souvenir d’un mort, pour commémorer sa vitalité et celle de ceux qui le portent en eux jôdi-a.

Merci Claude.

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