Lundi 2 mai 2011: C’était salle comble à la soirée d’ouverture vendredi dernier au Gèsu, ce qui semble confirmer l’importance du Festival Vues d’Afrique dont une programmation réduite a aussi été présentée la semaine dernière à Ottawa et cette semaine à Québec. Un certain gratin mondain, mais aussi beaucoup d’amateurs de cinéma africain acquis au cours de ces dernières 27 années d’existence se sont laissés caresser par les discours chaleureux, parfois émotifs, des dirigeants, par les prestations de l’auteure-compositeure sénégalaise Senaya et son « Soul Créole », et de l’humoriste rwandais Michel Mpambara qui nous a fait crouler de rire et qui nous réserve la suite de son histoire pour la soirée de clôture le 7 mai.

En fin de semaine, la projection du documentaire coup-de-poing Françafrique, qui expose l’exploitation du Nord et la co-dépendence du Sud en ce qui a trait aux relations politico-économiques entre la France et certains pays d’Arique, laquelle a été animée par le professeur en sciences politiques Aziz Fall, a attiré des foules et des discussions fascinantes. La soirée Grands documentaires, animée par la journaliste Sophie Langlois, a aussi suscité la réflexion, en révélant à la fois la bravoure des « journalistes militants » qui œuvrent au péril de leurs vies en pleine zone de guerre avec le seul espoir que leur travail mènera au développement de leur pays, le Congo, et le fléau du fétichisme qui poussent certaines familles à tuer leurs enfants accusés de sorcellerie dans cette même région.

Aussi on a pu déguster des documentaires sur la musique créole avec le visuellement captivant Capo Verde Kontinuasom, et sur la philosophie du musicien cubain Omar Sosa, dans Omar Sosa, Souvenirs d’Afrique. Pour ce dernier, la démarche artistique comprend la recherche de l’essentiel de la musique traditionnelle, traduit par des instruments contemporains tel que le piano et la contrebasse. Ça donne un jazz foncièrement enraciné dans la tradition d’un terroir donné (africain surtout) qui, très fort de ce mélange, amène le mélomane vers un état de transe spirituelle.

Encore une fois, dans les deux cas, on parle d’un métissage des traditions et des influences, à travers le temps et la distance culturelle, et c’est tout simplement magnifique. Comme un renouvellement perpétuel de la vie.

Un weekend d’ouverture réussi donc, et un festival ouvert sur le thème du métissage, de la créolité et de l’humanité, dont l’expression peut parfois passer d’un extrême à l’autre : de la beauté à la barbarie.

C’est peut-être ce qui m’a toujours plu dans ce festival que je côtoie, que je suis et que j’aime depuis 1996. À ce moment-là je me lançais dans ce qui allait être pour moi un projet de vie : la mise en valeur du produit ethno-culturel qui est à l’image même d’un métissage de l’humanité à l’échelle mondiale, comme quête identitaire originelle. On disait à l’époque : « le 3e millénaire sera métissé où il ne sera pas… »

À suivre…

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