Réalisé par Bertrand Blier
Avec Jean Dujardin et Albert Dupontel

Le bruit des glaçons c’est ce que Charles entend toute la journée. Un alcoolique aguerri, il crie, il s’emballe, il exige des petits plats de sa servante — une femme sans affect nommée Louisa dont les services et la présence étaient compris dans l’achat de la propriété — et il a l’air de vouloir tuer un « ami imaginaire ».

C’est une trame sonore très Bergmanesque, qui hante comme pour créer l’intrigue, qui laisse présager quelque chose de grave. Mais quoi, au juste?

Et bien c’est l’ami le cancer (Albert Dupontel) qui débarque. En fait ce n’est pas un ami du tout car il représente le mal dans toute sa splendeur la plus égoïste. C’est un monstre dans le corps d’un homme qui se présente, un jour, sur le palier de la résidence d’été d’un riche écrivain à succès sur le déclin, Charles Faulque (Jean Dujardin), et qui se présente. Il sera là, dit-il d’un ton jovial, pour l’accompagner lors des quelques mois qui lui restent à vivre.

Depuis son divorce, Charles boit à journée longue : une bouteille de blanc trempée dans un bac à glace — d’où le bruit des glaçons — pour se réveiller, une autre pour le déjeuner, un cognac à 17h et une bouteille de rouge le soir…. Malgré cette accablante débauche, le personnage de Jean Dujardin ne grise pas d’un pli ; c’est un dur à cuire… Il se met à bavarder de questions existentielles avec son nouvel ami.

Albert Dupontel, le cancer de Charles, Jean Dujardin

Charles et son cancer apprennent donc à se connaître. L’autre s’installe, assiste aux frasques sexuelles de son hôte avec une nymphette russe, puis à la visite du fils adolescent qui sera dépucelé par Louisa (Anne Alvaro) qui, en fait, affectionne le patron. Puis arrivent les paparazzi et l’ex de Charles qui refuse de se faire happer par les sentiments.

Mais au fait, pourquoi tout cela arrive-t-il et pourquoi ces nouveaux personnages? À quoi servent-ils? Quels sont les symboles recherchés?

Puis ce sera le tour de Louisa de recevoir la visite de son propre cancer, une bonne femme imposante et pas du tout marrante.

Anne Alvaro, Louisa, et Myriam Boyer, son cancer

On se souviendra alors du début du film, au moment où l’écrivain et sa femme achètent la propriété et Louisa dit : on ne vit pas longtemps dans cette maison, comme si la mort y rôdait… D’ailleurs, les deux cancers s’opposent vivement à ce que leurs hôtes tombent amoureux l’un de l’autre. L’amour semble être un irritant, un obstacle aux desseins purement maléfiques du cancer qui se prend un plaisir à aggraver les symptômes du « client » en réponse à la « menace » que pose le bonheur.

À la fin doit-on comprendre que les protagonistes ont déjoué la mort en s’achevant eux-mêmes? Où est-ce l’amour qu’ils découvrent qui les sauve de leur sort?

Semblerait-il que nous ne sommes pas nombreux à le savoir… Par contre, cette image, cette présence physique du « mal absolu », du cancer comme sournois accompagnateur du quotidien, reste en tête longtemps après avoir vu le film. On aura réussi à nous planter ce fléau des temps modernes en plein front, cette maccabre présence collante au quotidien qui arrive dans nos vie bien contre notre gré. À nous de présager nos propres méthodes — ou illusions — pour y échapper.

Ce n’est pas un film morbide, juste un peu bizzare, même parfois un peu drôle. Pour les avertis qui aiment un « certain » cinéma, un peu plus exigeant quant à la patience et à l’ouverture d’esprit.

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