Obsédés par la beauté

Weekend II + Mes choix !

Le FIFA est vraiment multidisciplinaire. On assiste autant à des peintures en directe qu’à des installations, des cocktails, des conférences et heureusement, beaucoup de cinéma: des documentaires de toutes longueurs, des films expérimentaux, de la vidéo. On est surtout dans la création. La création littéraire, la peinture, l’architecture, la photographie… On est vraiment dans l’univers créatif. Quel bonheur.

Finalement, on apprend la vraie définition du mot « artiste » : c’est celui qui ne comprend aucune limite, aucune contrainte à sa pensée, qui brise les barrières, qui ne tient pas compte des frontières imposées.

Pour ce dire, je m’inspire du film sur Jean-Michel Basquiat, d’origine haïtienne et portoricaine, arrivé au sommet de sa gloire en tant que premier artiste noir à s’imposer en Amérique du Nord. En l’espace de 7 ans, en passant par la misère crasse d’un sans-abris à New York, son regard lucide sur les événements du moment qu’il transmet par graffitis, signés seulement Samo (pour same old thing), et son ancrage subséquent dans la scène artistique newyorkaise fortement teintée de jazz et de drogue à l’époque, ont su attirer l’amour frénétique d’un following en quête d’une vérité dont seul Basquiat était le reflet.

Il atteint un succès presque instantané dans les années 80, où en un an le prix de ses œuvres passe de 1$ le carton à 20 000$ la toile alors qu’il n’arrive pas à répondre à la demande, même en travaillant tout le temps. Même Andy Warhol profite de la présence du petit jeune en vogue pour mousser sa propre carrière, alors sur le déclin.

Finalement l’héroïne aura le dernier mot sur Basquiat et il meurt à l’âge de 27 ans. Mais on peut se demander, à la sortie du documentaire de Jean-Michel Vecchiet, si on a été quelque peu indulgent, comme c’est souvent le cas avec les éloges d’artistes qui ne font pas l’unanimité et qui suscitent pour certains la question : mais qu’est-ce qu’il a de si spécial, au juste…? Par exemple, quand le réalisateur de Basquiat le décrit comme étant un « artiste messianique », celui a vu la mondialisation avant tout le monde, qui a « fait des affaires avec le monde entier», etc., alors qu’il peignait très souvent sous l’influence d’une drogue ou d’une autre, quelques uns peuvent rester perplexes.

Ce qui aide beaucoup la mise en valeur d’un artiste — ce n’est mon humble opinion — est souvent un regard affable, un air mystérieux qui effleure l’imaginaire, qui exige que l’on s’attendrisse, que l’on cherche, que l’on s’investisse à trouver… Mais surtout, je pense, et c’est peut-être là que Basquiat gagne son point d’honneur, il existe une admiration sans borne de la part du spectateur et commun des mortels à la faveur le l’expression d’une liberté complète, radicale, sans compromis, comme une déferlante de création et d’exploration des coins les plus reculés de l’être, dont on n’est pas, nous, capable. On en bave d’envie.

N’est-ce pas le sentiment que l’on ressent devant les artistes, les vrais, dont nous achetons les œuvres afin d’en « détenir un morceaux »?

C’est aussi cette liberté que l’on ressent dans le documentaire de Marilù Mallet sur Marguerite Yourcenar, qui a eu la chance d’être élevée par un père qui lui a conféré un respect inébranlable pour la liberté, elle qui a inventé son nom de plume, soigné son expression littéraire et ses amitiés, aimé des hommes, et des femmes…

Puis le documentaire de Melvyn Bragg sur Allan Bennet, dramaturge anglais qui n’aime pas faire d’entrevues, nous dévoile un être merveilleusement attachant dont l’humour est délicieusement acerbe et combien libre de sanctions externes. Puis Harold Pinter interviewé par Bragg nous montre un autre personnage, celui-ci parfaitement insaisissable, parfaitement libre aussi de ne rien livrer…

Le documentaire sur le photographe italien Mimmo Jodice, était tout aussi fascinant, pour son regard minutieux et la dignité de sa démarche professionnelle, ainsi que pour l’organisation des négatifs comme dans un musée, la beauté de ces œuvres monochromes qui capturent exactement le rayon de lumière à travers un Hasselblad parfaitement positionné… puis le passage à la chambre noire comme dans un atelier de sérigraphie.

La beauté est un plaisir alors. La recherche de la beauté, une quête spirituelle. On est même obsédé par la beauté.

Tel est le cas de Claudio Bravo, l’artiste-peintre chilien que Philippe Aubert nous présente chez lui au Maroc où il habite depuis 30 ans. Mais ici la forme nous ramène aussi dans la complaisance et peut-être aussi à l’idée de l’élitisme auquel le FIFA tente tellement d’échapper… L’opulence de l’existence de l’artiste et les gros plans sur la famille Palhavi qui arrive au « palais » du peintre dans une caravane de Mercedes, ne fait que ça.

Mais je n’ai rien vu encore. Je me rattrape cette fin de semaine!

Mes choix pour ce dernier weekend du FIFA:

Vendredi, 25 mars
18 h 30 Grande Bibliothèque MARTINIKERK RONDEAU
Royaume-Uni, Pays-Bas, 2009, couleur, 114  min, néerlandais, allemand, s.-.t. anglais

Samedi, 26 mars

13 h 30 PdA Cinquième Salle
SUR LES TRACES DE TINTIN 1 : LES CIGARES DU PHARAON
France, Belgique, 2010, couleur, 52 min, français
SUR LES TRACES DE TINTIN 2 : LE LOTUS BLEU
France, Belgique, 2010, couleur, 52 min, français

16 h
Cinémathèque québécoise – Salle Fernand-Seguin
LET’S DANCE / BROADWAY GOES HOLLYWOOD (7e)France/Clara Kuperberg/2009/52 min/A, STF
JEAN PAUL GAULTIER OU LES CODES BOULEVERSÉS (C)France/Farida Khelfa/2010/52 min/F

18h30 CCA
LE PAVILLON ALLEMAND DE BARCELONE
France, 2009, couleur, 26 min, français
LIONESS AMONG LIONS – THE ARCHITECT ZAHA HADID
Allemagne, 2009, couleur, n. et b., 58 min, anglais

21 h 
Cinémathèque québécoise – Salle Fernand-Seguin
THE MAGUS (AM) Canada/Jaimz Asmundson/2011/12 min/SD
OLAFUR ELIASSON: SPACE IS PROCESS (HZ) Danemark/Jacob Jørgensen, Henrik Lundø/2010/77 min/DA, F, STA

Dimanche, 27 mars

13 h 30 
Cinémathèque québécoise – Salle Fernand-Seguin
PARIS, LES ANNÉES LUMINEUSES (C)États-Unis/Perry Miller Adato/2010/104 min/F

13h30  ONF

LE PAVILLON ALLEMAND DE BARCELONE (C)France/Stan Neumann/2009/26 min/F


LIONESS AMONG LIONS – THE ARCHITECT ZAHA HADID (HZ)

16 h 
Cinémathèque québécoise – Salle Fernand-Seguin
GORDON SHEPPARD (HZ) Canada/Francine Pelletier/2010/86 min/F, A, ST

16 h 
Cinémathèque québécoise – Salle Claude-Jutra
BREAKING BOUNDARIES: THE ART OF ALEX MASKET (HZ) 
États-Unis/Dennis Connors/2009/18 min/A
JEAN-MICHEL BASQUIAT (C)
France, Belgique/Jean-Michel Vecchiet/2010/52 min/F, A, STA, STF

18 h 30
Musée des beaux-arts
SUR LES TRACES DE MARGUERITE YOURCENAR

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