Le FIFA. L’Art sur l’Art.

C’est la première fois que je parcours le FIFA, le Festival du cinéma sur l’Art. Et il faut le dire, il se présente bien.

Jeudi soir je suis arrivée à la soirée d’ouverture au Musée des Beaux-Arts avec un peu de retard. Ne sachant pas à quoi m’attendre — on avait dit que ce serait salle comble — je suis venue quand même, à la dernière minute. On m’a accueillie avec le sourire, donné un billet avec le sourire, dirigée vers une bénévole souriante placée en haut des escaliers qui m’a dirigée vers le vestiaire, puis un cordial monsieur en nœud papillon m’a orientée vers la salle de projection. En bas, le corridor était bordé d’une demi-douzaine d’autres bénévoles souriantes qui semblaient m’attendre.

Devant la porte close de l’auditorium, l’une d’elle me rejoint pour me chuchoter à l’oreille qu’on en était aux discours et est-ce que je préférais m’asseoir à l’avant-scène, ou peut-être à droite ou en arrière. Clairement on avait fait l’inventaire des places libres… Rarement a-t-on droit à un accueil aussi chaleureux et professionnel.

Je prends place à côté du metteur en scène Yves Desgagné, parmi une panoplie de personnages connus du monde culturel québécois. Derrière moi, un couple d’un certain âge vient de s’installer. Madame est en manteau de fourrure et s’exprime en anglais à propos du film qui sera projeté ce soir en français : Sur les traces de Marguerite Yourcenar, de Marilù Mallet…

Les présentations protocolaires se font dans les règles de l’Art; posées mais en même temps, conviviales et polyglottes.

Le film d’ouverture est magnifique. L’assistance est amenée à se promener au gré des temps de Marguerite, née Cleenewerck de Crayencour en Belgique. On la suit au fil de ses voyages, de ces décisions, de ses prédilections intellectuelles et sentimentales, le tout sur une trame narrative tapissée du récit de ces écrits, entrecoupés d’entrevues avec ses contemporains dont Françoise Faucher, radieuse au souvenir de son amie. Le documentaire, dont la direction photo et le montage soigné agencent parfaitement l’idée de l’écrivain à l’image qui lui correspond, est d’une beauté lyrique exceptionnelle. Pour les amateurs de Yourcenar, ce film est un bijou à classer en bibliothèque aux côtés des Mémoires d’Hadrien. C’est bien parti.

S’en suit une réception dont la décoration et les bouchées sont elles-mêmes conçues comme des clins d’œil au film d’ouverture et à la vie de Marguerite Yourcenar : du petit train qui représente ses voyages, aux carnets disposés sur toutes les tables, où est écrit sur une seule page une citation emblématique empruntée au film. Très classe.

Élitiste, vous dites?
Catherine Perrin

Une des porte-parole du FIFA cette année, Catherine Perrin a une relation particulière avec le Festival. Avant d’être à la barre de l’émission culturelle Six dans la cité à la télévision de Radio-Canada, Catherine Perrin était chroniqueuse à l’émission du matin à la Chaîne culturelle, et animatrice de Septième, une émission sur le cinéma à Télé-Québec. Elle-même claveciniste professionnelle, elle dit s’être « abreuvée » de culture et de musique au FIFA pendant des années pour alimenter ses chroniques. Depuis, elle « milite » contre l’idée reçue que ce festival puisse être considéré comme étant élitiste.

Au contraire, dit Catherine Perrin, le Festival offre plutôt un accès privilégié à l’artiste et à l’être humain. « On entre jusque dans sa tête ». Comme l’a dit aussi l’autre porte-parole du Festival, Anne Lagacé Dowson, « The Festival is a trip down the Rabbit Hole, into the creative mind of the artist! » Et du fait que l’on puisse voir l’Art à travers le regard de l’humain, continue Catherine Perrin, ça le rend accessible à tous. D’où l’anti-élitisme…

Au cours des prochains jours j’assisterai au Festival en me posant ces questions:

  1. Du fait que le cinéma soit en lui-même le 7e Art, et que la plupart des films soient des documentaires, comment le FIFA fait-il pour ne pas être toujours subjectif sur l’Art; est-il alors en « conflit d’intérêt » avec son sujet…?
  2. Le FIFA est-il, ou non, élitiste?
  3. Qu’en est-il du mécénat, de nos jours?

Se présente donc avec grande classe ce festival qui se veut un entonnoir, un haut-parleur, un projecteur, une parabole peut-être et un exutoire pour toute forme d’expression artistique connue de l’être humain.

À suivre…

SP

Photos par Sophie Pascal

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