Réalisé par Catherine Corsini
Avec Kristin Scott-Thomas (nomination – César 2009 pour meilleur actrice), Yvan Attal et Sergi Lopez

Il y a des milliers de gens qui ne connaissent ni l’amour ni la passion et qui vivent des vies insipides jusqu’à ce qu’une étincelle allume un désir de « vivre », et fait tomber l’ordre établi.

Là c’est l’histoire d’une femme qui tombe en « passion » car on ne sait jamais ce qui l’amène vraiment à tomber amoureuse. Elle décide que c’est une autre vie qu’elle veut, après quelques 25 ans de mariage. Le mari est médecin, ils ont 2 enfants adolescents, ils vivent dans une maison cossue dans la région du Languedoc-Roussillon.

Arrive l’ouvrier pour effectuer des rénovations sur la propriété. Un sexy Catalan à la pilosité généreuse (Sergi Lopez) qui ne fait pourtant pas grand chose pour la séduire. Mais il a fait de la prison, il a une petite fille de 6 ans… C’est la caricature typique du « bad boy » torturé mais tendre, à l’image d’un Benicio Del Toro ou d’un Russel Crowe dans des rôles de romantiques mercenaires …

S’en suit une attirance viscérale fortement relevée par l’exotisme de la classe ouvrière, un thème que l’on voit beaucoup dans les films français récents (Les invités de mon père, Copacabana, Huit fois debout). Comme pour exorciser le regard hautain d’un héritage royaliste, on se vide complètement de contraintes sociales pour rejoindre l’Autre qu’on ne connaît pas, qu’on ne voit qu’avec curiosité.

Dans ce cas-ci, Suzanne, interprétée par la magnifique Kristin Scott-Thomas, est l’épouse bourgeoise qui se permet une escapade « prolo ». Mais elle payera cher son aventure.

En fait elle devient folle sous nos yeux. Elle se perd dans une délirante passion pour un homme qui lui est, en quelque sorte, interdit, et elle balance absolument tout — le mari, les enfants, y compris son amour propre — pour « partir ».

Le mari, un homme rude et sans affect, rendu avec justesse par Yvan Attal, profite de son statut et de ses relations pour ramener sa femme à la maison contre son gré. Humiliée par le chantage qu’il lui sert, elle réalise qu’elle n’est qu’un joyau pour lui, un accessoire au service de ses ambitions politiques. Pour elle, le retour est une prison dans des draps de soie. Et elle en perd la raison.

Le scénario de Catherine Corsini offre un point de vue féminin sur une tragédie sentimentale. Ici, le regard est celui d’une femme qui se détruit pour vivre. Pour la plupart des spectateurs, ce qu’elle fait n’a aucun sens. Mais c’est plausible. Ce genre de drame arrive tous les jours.

Ce n’est pas un grand film, peut-être même un petit film, à cause de ses nombreuses invraisemblances et clichés. Néanmoins, Kristin Scott-Thomas est une grande actrice qui lui amène toute la ferveur et toute la vérité d’un personnage qui ne vit que pour un désir passionnel trop longtemps enfoui sous la cloison d’un mariage parfait et d’une vie idéale, et qui ne vit plus du tout, en fait.

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