La 39e édition du FNC a été fascinante, captivante, divertissante.

Avec ses 295 films, personne ne peut affirmer avoir vu toute la programmation du FNC. Ce qui lui octroi par le fait même, une multitude de perspectives selon l’éventail des films que l’on aura choisi et les événements auxquels on aura assisté.

Il y avait beaucoup de films en sélection internationale, et une grande sélection de courts, même une section pour les enfants. Les salles de cinéma étaient toujours pleines, même la plus grande, l’Impérial, bondée à craquer chaque fin de semaine.

Fascinant comme on peut s’installer dans des salles sombres et s’empiffrer de films du matin au soir, jusqu’au point de saturation… Mais c’est merveilleux de se laisser entraîner dans l’espace créatif des autres. Ça permet d’ouvrir les vannes de la pensée critique, de sa propre création. C’est important pour la vie…

Un des plus simples plaisirs en tant que spectateur est de comprendre le sens d’un film lorsqu’on entend la réplique d’où le titre a été tiré. Je l’aurais vécu au moins trois fois : It’s White material, disait le jeune rebel africain, fusil en main, en parlant d’un objet qu’il venait de voler chez la propriétaire blanche (Isabelle Huppert) d’une plantation de café dans White Material; Omar Khadr répondant, You don’t like the truth à l’interrogatoire insistant (et illégal selon la Cour suprême du Canada dans son jugement en janvier 2010) de l’agent de SCRS dans le documentaire Vous n’aimez pas la vérité; et dans le psychadélique Enter the Void, Linda disant à son frère Oscar qu’elle avait peur de tomber dans vide de Tokyo, le Void étant aussi le nom d’un bar malfamé de Tokyo.

Pour moi, les films les plus mémorables de cette édition ont été Raavanan, Tournée, Enter the Void, Elisa K, L’Homme sans nom, Submarino, Vous n’aimez pas la vérité et les courts métrages de Love Beats. Mais il y en a eu beaucoup d’autres que je n’ai pas vu, dont Confessions, prix du public, et Année bissextile, Louve d’or de cette édition, ainsi que le très acclamé Biutiful (avec Xavier Bardem), Another Year, Carlos, er Les hommes et les dieux, qui ont tous reçu prix et critiques fabuleuses à d’autres festivals. Uncle Boonmee et Coeur d’Auschwitz étaient à guichet fermés dimanche soir, impossible de les voir !

Plusieurs films dont Le Quattro Volte, Année Bissextile et Confessions ont fait l’objet d’un « buzz » prémonitoire. On suivra avec plaisir l’ascension de ceux qui auront capté l’attention et qui deviendront des grands succès ici et ailleurs après leur passage au FNC, comme c’est souvent le cas (The Hurt Locker, Oscar meilleur film 2010).

Le FNC c’est aussi une fête très courue des vedettes locales. Les Pascale Bussières, Anne-Marie Cadieux, Marc-André Grondin et Paul Ahmarani du milieu du cinéma québécois y étaient, sans parler des invités tel que le réalisateur et acteur Mathieu Amalric (malheureusement ni Gaspar Noé ni Louis Garrel ont pu se présenter tel que prévu). Et beaucoup de producteurs, de bailleurs de fonds et de distributeurs sont là aussi parce que c’est ici — avant, après et pendant — que les idées se brassent et que les « deals » se font.

Selon le directeur de la programmation et co-fondateur du FNC, Claude Chamberlan, ce phénomène d’entraînement est du au fait que le Festival s’adresse à autant de marchés en simultané, surtout avec le volet nouvelles technologies, les événements tels que le Kino Kabaret, le Bal masqué, le Daz Party, les conférences et le concours Cours écrire ton court.

C’est donc le festival de toutes les innovations, de tout ce qui est nouveau, inédit, tout chaud. Lors des soirées Kino Kabaret, par exemple, des diffusions de « cinéma live » allant de la projection sur grand écran de conversations en ligne, en directe, en streaming vidéo ( qui pourrait ou non fonctionner au moment du branchement ), à la projection d’un court métrage sur six écrans — et 6 plans différents ! — jumelée à la participation en « live » des acteurs que l’on voit dans le film, donnant une réplique synchronisée à la seconde près dans un micro devant l’écran.

Le FNC est très intéressant de par son positionnement, sa vision avant-gardiste et la très grande qualité de sa programmation, ainsi que, comme le souligne avec fierté son président fondateur, sa convivialité.

Il souffre néanmoins de quelques lacunes organisationnelles surtout sur le plan des communications (changement et annulations de dernière minute et communiqués pas forcément affichés sur le site Web), mais en contrepartie, pour la liaison avec les publics internautes, notamment à travers le vidéo blogue, Facebook et Twitter, ainsi que la gestion de quelques 150 bénévoles, on aura fait preuve d’une grande dose d’ingéniosité, de patience et de créativité.

Cet aspect interactif, hyper-dynamique et à la fine pointe de la technologie rend ce festival un incontournable des geeks de nouvelles tendances en matière de cinéma, sans parler des professionnels de l’industrie et des cinéphiles purs et dures qui apprécient le cinéma dans toutes ses formes et qui veulent voir ce qu’il y a de tout nouveau, avant tout le monde!

Sophie Pascal

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