10 ½

Décevant, le film tant attendu de Podz (Daniel Grou), qui raconte l’histoire d’un « p’tit gars » de 10 ans et demi, un cas lourd de la DPJ qui est balloté d’un foyer d’accueil à un autre parce que ses parents sont incompétents pour une raison ou une autre. Le personnage du jeune est par contre très bien défendu par le jeune comédien Robert Naylor ainsi que celui de l’éducateur au coeur tendre, Claude Legault, qui va réussir à gagner la confiance du jeune truand.

Sauf qu’un cas de rage constante comme celui de l’enfant qui souffre d’abandon et de déviance sexuelle, ça ne se gère pas forcément avec de la gentillesse et des éducatrices aux décolletés plongeants.

Si Podz n’a pas voulu pointer un doigt culpabilisant sur quiconque, il démontre malgré lui une autre réalité qui afflige la société québécoise contemporaine, soit l’absence de leadership et d’autorité à tous les niveaux.

Ici les parents sont ou toxicomane, prestataire de B.S. ou atteint de maladie mentale, ce qui se peut, dans la meilleure des sociétés. Par contre, quand le p’ti cul aura piqué sa crise pendant trois heures et insulté tout le monde (tous les symboles religieux y passent…) et qu’on accoure quand il exige un verre d’eau, ou lorsqu’on tente de négocier avec lui alors qu’il ne pense qu’à profiter d’une ouverture pour vous envoyer promener, c’est un peu naïf de penser qu’on va arriver à le faire grandir. Puis, entendre des exigences futiles ( « arrête! », « calme-toi! » ) pendant les trois quarts du film où l’enfant terrible en plein délire casse son mobilier de chambre et invective les jeunes comme les adultes et qu’il a deux agents de sécurité sur le dos pour le maîtriser, c’est se demander si la contention est vraiment le seul outil qu’on a trouvé pour contrer son mal. On exige du jeune qu’il contienne lui-même une passion malsaine qu’il devrait, on peut l’espérer, pouvoir sortir quelque part. C’est frustrant, en fait, d’assister à ce qui ressemble à une faiblesse structurelle du système à ne pouvoir répondre à la véritable détresse de ce jeune, et combien d’autres comme lui. Ce qui n’est pas clair, c’est si cette réalité-là est le motif du film ou un « effet secondaire ».

Une scène en particulier dérange : l’éducateur, Gilles (Legault), téléphone à la mère du jeune, Tommy, sachant qu’il manifestait un grand besoin de lui parler. Gilles sait que la famille est dysfonctionnelle, mais il passe le combiné à Tommy sans discuter avec la mère avant pour vérifier son état d’esprit. Il se trouve que celle-ci est à peine lucide, plutôt incohérente, dans son monde, défoncée, qui sait. L’enfant prend donc la communication « à froid » avec sa mère disloquée et doit se rendre compte à cet instant même qu’il est vraiment tout seul au monde. Que ses parents, qui sont sensés le protéger, ne sont « pas là ». Qu’il est, en vérité, abandonné.

Même si c’est vrai, Gilles aurait pu épargner à Tommy cet énorme traumatisme qui s’ajoute aux autres déjà vécus. À moins qu’il l’ait fait délibérément afin que le jeune se rapproche de lui comme personne ressource de dernière instance. Mais ce n’est pas clair dans le scénario et ce geste peut avoir l’air franchement irresponsable. Encore une fois, est-ce le but de la scène, ou une maladresse ?

On aura réussi avec 10 ½ de démontrer une réalité existante qui a besoin d’être connue, mais aussi par le fait même, le constat de ses propres lacunes, de sa propre impuissance, sur les plans individuels et de société. Ce qui n’était peut-être pas le but espéré.

On sort du film en se souvenant avec nostalgie d’un certain Sydney Poitier dans To Sir With Love. Ou de l’histoire vraie de Hellen Keller et d’Anne Sullivan. Eux, ils l’avaient l’affaire.

SP

Advertisements