J’aime ce festival. Sans faire trop de bruit, en quelques 39 ans d’existence, il a su se tailler une place sur la scène culturelle montréalaise à lui seul. Et la Louve porte toujours des souliers rouges…

Le Festival du nouveau cinéma est spécial parce qu’il assure une programmation avant-gardiste, un choix très large de nouvelles productions cinématographiques provenant des quatre coins du monde. Mais if offre aussi des événements spéciaux, des soirées thématiques et des conférences sur des sujets qui touchent le monde du cinéma et de la vidéo, comme les nouvelles technologies et Internet, par exemple.

Puis, il est dynamique. Jeune. Flyé. On voyage dans les univers des autres (comme toujours avec le cinéma…) mais à travers des œuvres récentes.

L’an passé on pouvait voir avant tout le monde, entre autres, le documentaire Red, sur les jeunes Chinois recrutés à 6 ans par l’État pour devenir des médaillés olympiques en gymnastique, le merveilleux film belge, La Merditude des choses, et Antéchrist, de Lars Von Trier, que je n’ai jamais eu le courage de voir…

Cette année encore, tant les films a succès que les films d’auteur et les documentaires sont à l’affiche pour la durée du festival, mais très peu se retrouveront en salle car ils n’auront pas tous été vendus. C’est donc l’occasion de fouiner dans la programmation pour dénicher des trésors en primeur. Mais en cherchant l’or, on tombe parfois à coté… Comme jeudi soir…

Jeudi soir, à la sortie de 10 ½, j’étais assise à coté d’un monsieur un peu âgé qui n’avait pas arrêté de soupirer tout au long du film et qui avait vraiment la mine basse en se levant de son siège. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander s’il avait aimé le film. Il m’a répondu d’un laconique « non » en tournant la tête.

–       Est-ce que je peux savoir pourquoi?

Il a eu l’air de vouloir y penser, puis a laissé tomber un autre « non », en cherchant la sortie. Pourtant, j’aurais été d’accord avec lui …

Plus tôt en après-midi j’avais vu Neiges et cendres (Snow and Ashes en version originale anglaise), que je n’ai pas beaucoup apprécié non plus. La lenteur du déroulement, l’invraisemblable des situations, l’inégalité du jeu des acteurs m’a exaspéré. (voir les critiques)

Il y a aussi des rétrospectives — sorte d’antithèse du « nouveau » cinéma, certes — comme celle autour de l’acteur Pierre Étaix comprenant plusieurs films restaurés datant des années 60 (l’intérêt pour les films français de cette époque semble être dans l’air), dont Grand Amour (1969). Ce film exploite le thème du démon du midi que l’on connaît bien, le mythe du bonheur matrimonial et le fantasme de la jeune femme, sans oublier l’omniprésence symptomatique de la belle-mère dans le couple. La scène des lits sur roulettes qui quittent les chambres à coucher pour se retrouver sur des chemins de campagnes dans des décors idylliques représente bien le rêve de l’homme dont le désir ardent est de quitter son quotidien. Cette scène est assez longue et particulièrement créative, comme celle où il vieillit à vue d’œil devant sa secrétaire de 20 ans en lui parlant de choses qui visiblement ne l’intéressent pas. Le décalage de l’âge et de l’expérience est parfaitement démontré, le tout délicieux. À voir, Grand Amour, ce soir samedi 16 octobre, 20h à la  Cinémathèque.

Il y  a aussi celle du Chinois Wang Bing, dont L’Homme sans nom est un documentaire fascinant sur la vie d’un homme qui survit tout seul sur un terrain vague en Chine en cultivant la terre et en récoltant le fruit de son propre travail. Sans aucune narration ni aucune trame sonore, la caméra invasive le suit partout, dans ses cavernes où il passe son temps à placer ces maigres possessions, à faire bouillir Dieu sait quoi dans un wok cassé et à manger avec deux branches en guise de « chop sticks ». Puis on le suit encore dehors dans tous les temps et on le voit ramasser avec ses mains noircies de crasse du crottin de cheval pour étaler sur ses cultures, réparer un mur avec de la boue après la pluie, vérifier chaque plant de maïs, arracher les mauvaises herbes. Il porte les mêmes vêtements de l’hiver au printemps et bien qu’il souffre probablement d’un maladie mentale, il survit aux affres des saisons grâce à l’intelligence, le sens de l’organisation et l’instinct de survie d’un homme des cavernes. Avec très peu de montage, les plans très long paraissent sans fin, mais c’est un regard fascinant sur la condition humaine réduite à son plus simple appareil. À voir, du même réalisateur, dimanche 17 octobre, 19h à la Cinémathèque : Fengming, Chronique d’une femme chinoise.

SP

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