Le Concert, une comédie dramatique

Dommage pour ce film dont on a tant parlé et qui m’avait semblé plus « sérieux ». On aurait pu raconter la même histoire avec un traitement moins irrévérencieux, moins tendance disneyesque. Des films comme Tous les matins du monde ou Le Violon rouge n’ont pas eu besoin de rouler les personnages dans la caricature pour amener au grand public une musique magistrale… Mais voilà, c’est une « comédie ».

Il s’agit donc du directeur du célèbre Orchestre du Bolchoï, Andrei Filipov, à qui on avait retiré le titre 30 années auparavant, sous le régime de Brejnev, parce qu’il avait refusé de se départir de ses musiciens juifs, dont deux, des amis proches. Ceux-ci ont été obligés de disparaître, seule leur fille a été épargnée, grâce à l’intervention de Filipov, et élevée en France par une amie (interprétée par Miou Miou). À l’âge adulte, cette jeune femme devenue violon solo reconnue dans le monde entier, fera l’objet d’une aventure incroyable qui amènera, sur un coup monté, un joyeux assortiment d’anciens musiciens du Bolshoï au prestigieux Théâtre du Châtelet à Paris pour y présenter LE concert.

Ce qui est décevant c’est que le scénario est bourré de stéréotypes sur les Russes et les Juifs, et que l’on doive subir plus d’une heure de bouffonneries pour en arriver enfin au dénouement : une grande émotion — rien de moins que celle de renouer avec l’âme russe et ses propres aïeuls — accompagnée du merveilleux concerto pour violon en ré majeur, op. 35, de Tchaïkovski. Car le cœur du film est là : en dépit du fait d’avoir été élevée très loin de son terroir originel et de ses coutumes, sans repères culturels et religieux, la jeune femme ressent le vide dans ses tripes et l’indéniable sentiment d’appartenance la rattrape sur scène… Ici tout immigrant ou réfugié politique se reconnaît, et l’amour de la patrie et des liens culturels tire plus d’une larme au plus coriace des spectateurs…

C’est un film à voir avec les enfants, pour ses situations invraisemblables et loufoques, mais aussi pour sa valeur pédagogique : on peu apprendre un peu de russe (les dialogues sont en russe pour une bonne partie du film, sous-titrés en français) et surtout, on savoure le concerto pour violon, enregistré par l’Orchestre symphonique de Budapest, pendant les quelques 12 dernières minutes du film que l’on voudrait étirer…

Avec Aleksei Guskov dans le rôle d’Andrei Filipov, Mélanie Laurent dans celui de la violoniste Anne-Marie Jacquet, François Berléand, l’impressario, et Miou Miou, la protectrice de la jeune rescapée. Ce qui ajoute de la vraisemblance au film est le fait que Mélanie Laurent est elle-même issue d’une famille juive d’ascendances ashkénaze et sépharade, et qu’elle a travaillé 2 mois avec l’Orchestre National de France pour se familiariser avec l’instrument. C’est Sarah Nemtanu, premier violon de l’Orchestre, qui interprète le concerto dans le film.

SP

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