Réalisé par Catherine Martin, avec Guylaine Tremblay et François Papineau

J’avais hâte de voir ce film. J’aime beaucoup Guylaine Tremblay comme actrice, et j’ai trouvé le sujet inusité : les étapes du deuil après la mort d’un enfant. Toujours fascinée par la psychologie, j’étais curieuse du traitement que l’on ferait d’une expérience humaine aussi difficile.

Je n’étais pas surprise de l’atmosphère glauque et froide de ce film tourné en hiver au Québec. Il fallait dresser le portrait intérieur de cette femme qui se retrouve complètement démolie après l’assassinat de sa fille, Anna (Sheila Jaffé), une violoniste prometteuse. Le blanc glacial, le vent, le silence absolu conviennent bien. Le film est empreint de ce regard impitoyable de la nature, de la vie elle-même. Françoise décide de partir seule, vivre quelque temps dans un chalet hérité d’un parent à Kamouraska, où l’on n’y voit que de la glace à perte de vue. Dans le silence, elle se replie sur elle-même.

On la voit passer à travers ses trois temps : les trois étapes de son deuil, en commençant par le déni qui lui fait rêver de sa fille, la voir encore vivante, pour se réveiller en sursaut, réalisant le contraire. Ensuite, la colère et l’acceptation, puis enfin la réconciliation avec la vie.

Mais l’atmosphère est tellement froide, tellement sèche et dépourvue de chaleur humaine, qu’on se demande bien comment elle fait pour ne pas abandonner la partie complètement. D’ailleurs, elle aimerait bien mourir, mais un amour de jeunesse, Edouard (François Papineau) la trouve sur un sentier de chasse en plein bois et la ramène au chaud.

Et justement, là où arrive cet homme, qui semble l’aimer encore et qui lui aussi, le devine-t-on, tire son lot de bagage émotif, on espère voir rejaillir une étincelle de passion qui leur permettrait à eux deux de revenir à la vie en s’appuyant l’un sur l’autre. Mais jamais le spectateur ne verra ce catharsis. Elle a besoin de parler, mais l’autre ne lui en donne pas l’occasion. Il ne semble pas sentir sa détresse. Elle lui avait dit que sa fille était morte il y a peu de temps. Il l’invite à souper mais il avait laissé le lapin qu’il venait de chasser pendre dehors pour se vider de son sang. En passant devant, évidemment, elle vomit à la vue de la tache rouge dans la neige, hantée de nouveau par le souvenir terrifiant du sort de sa fille. Il n’aurait pas pu y penser…?

Artiste peintre, Edouard lui demande de se déshabiller pour qu’il la dessine. Voici la malheureuse, une femme d’une cinquantaine d’année, éprouvée, endeuillée, nue devant la caméra pendant de longues minutes. Elle grelotte (on peut l’imaginer, il doit bien faire -30C dehors…) Encore une fois, on dois croire que cette scène a été écrite pour définir la nudité de l’âme de Françoise devant la vie toute entière. Mais fallait-il qu’il la voit frémir pour que Edouard s’approche d’elle et la prenne enfin dans ses bras? Où est la chaleur humaine dans ce film, l’empathie, la compassion, la parole exutoire? Comment peut-on survivre à une épreuve aussi fracassante sans un vrai soutien de fond?

Était-ce délibéré de montrer cet homme torturé et inaccessible pour approfondir sa perte à elle, son désespoir? Est-ce alors par amour, par solitude, par résignation ou par désespoir qu’elle semble choisir de vivre avec lui à la fin du film?

Le fait de ne pas avoir ces réponses m’a laissé un goût d’insatisfaction en sortant de la salle.

Sophie Pascal

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