Winter’s Bone, présentement à l’affiche, en anglais.

Dans des tons de bleus et de verts accentués sur pellicule numérique, on découvre rapidement l’atmosphère glauque et pas du tout rassurante de ce coin de pays, au Missouri, où Ree, à 17 ans la fille ainée d’une famille dysfonctionnelle, apprend qu’elle risque de perdre la maison familiale si elle ne retrouve pas son père. Parce que celui-ci avait inscrit la maison en guise de cautionnement pour une affaire de drogue, sa récente disparition commence à inquiéter, compte tenu du fait qu’il doit passer en cour dans une semaine. Ree se charge donc de le retrouver.

De fil en aiguille, Ree apprend que son père, Jessop, est probablement mort, et l’entourage — famille et voisins qui ne disent rien mais qui savent trop — fait tout pour l’empêcher de savoir la vérité qui les inculpe.

C’est lugubre, les personnages sont tous aussi méchants, sournois et malhonnêtes les uns que les autres dans le contexte très réel d’une économie secondaire qui repose sur la production de crystal meth des laboratoires clandestins.

On trouve difficile à croire qu’une lueur de compassion puisse exister dans un environnement aussi dépravé, mais l’oncle qui la terrorisait vient pour protéger Ree, et la cousine qui l’avait tabassée — pour avoir posé trop de questions — la prend finalement en pitié et l’amène chercher les restes de son père, les os dont elle a besoin pour faire la preuve de son décès, et qui lui permettront de garder la maison. Tout le long du chemin, il faudra jurer qu’on ne dirait rien, qu’on ne sait rien, qu’on a déjà oublié ce qu’on a vu…

Dans ce film quelque peu inégal sur les plans du dénouement, du développement des personnages ou de l’histoire, le casting ainsi que les détails esthétiques compensent nettement ces lacunes par leur pertinence. Par exemple, les vêtements effilochés, les ongles noircis, les cheveux en broussaille, les tatouages, les plaies causées par la meth, les intérieurs encombrés et la saleté sur la porte à la hauteur de la serrure, tous ces détails situent le public dans une Amérique qui n’a rien à envier aux coins les plus reculés du globe. Les dialogues aussi, dans le dialecte très particulier de cette région montagneuse du Misouri, peignent une fresque authentique de la très dure réalité de ces gens des montagnes que l’on nomme Hillbillies. 7/10.

Tournée dans les montagnes Ozark avec la caméra numérique RED, et basé sur le livre de Daniel Woodrell, WINTER’S BONE, réalisé par Debra Granik et adapté par Granik et Anne Rosellini, met en vedette Jennifer Lawrence dans le rôle de Ree, l’excellent John Hawkes dans celui de l’oncle Tear Drop, et plusieurs acteurs de la région qui maîtrisent les tournures de phrase. Les dialogues dans ce dialecte local ont été travaillés par Ron “Stray Dog” Hall.

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