La reine Angélique Kidjo a conquis le Québec hier soir, Place des Festivals, aux Francofolies de Montréal. Accompagnée de ses musiciens ainsi que d’une partie de la “house band” de Normand Brathwaite (Luc Boivin, Mélissa Lavergne, Marie-Josée Frigon) et de trois autres musiciennes locales pour assurer la section cuivre, l’énergétique Béninoise qui aura 50 ans le mois prochain a offert une session collective de plaisir. Nous en avions tous le sourire collé aux lèvres pendant la durée du spectacle.

Elle a chanté avec la comédienne québécoise Guylaine Tremblay puis avec la chanteuse de la musique du film d’animation Les Triplettes de Belleville, Betty Bonifassi, qui a une voix très singulière, un vibrato presque animalesque (d’où le nom de son nouveau groupe Beast). Mais selon moi le clou de la soirée c’était son duo avec la soprano Marie-Josée Lord qui d’abord, en entrant sur scène, l’avait épatée avec sa superbe robe mi-longue en coton vert feuille toute de frou frou et de choux – Angelique qui la regarde, lance, “elle est trop belle ta robe… je vais te l’enlever maintenant et la prendre pour moi! Je suis jalouse, comme une…. une poule!” Elles ont enchaîné sur les trop courts refrains de Summertime, l’une avec sa voix forte et assumée, l’autre deux octaves plus haut, dans une stratosphère en douce filigrane de sons et de textures qui recherchent la perfection… C’était le rêve, le summum, et c’était une première, qu’on aimerait avoir enregistrée.

Après ça on l’entendait mais on ne la voyait plus sur la scène. Elle était allé, oui, dans la foule, le micro en main, sans jamais perdre le beat de la pièce en cours, la caméra la suivant et captant les scènes d’heureux compatriotes qui la prenaient par le cou pour l’embrasser pendant qu’elle continuait à chanter et se taillait un chemin vers l’autre coté de la scène, devancée seulement par un technicien de scène! Un cauchemar pour les gens de la sécurité s’il y avait eu lieu de s’inquiéter!

Mais la situation s’est avérée un plus grand défi une fois que les dix membres du public qu’Angélique décide d’inviter à monter sur scène prennent place, ou prennent la place qu’ils croient avoir…. On aurait espéré que ceux qui se prévalent de courage pour danser aux cotés de Angelique Kidjo en direct, sachent au moins suivre le rythme! C’est fou, la folie qui s’empare de l’être humain quand il est devant une foule de 10 000 personnes… Bien que Kidjo ne semblait pas décomposée, elle a du reprendre le contrôle de la scène à plusieurs reprises alors que le public se roulait de rire au dépend de ces pauvres illuminés qui se tortillaient sans la moindre forme ni aptitude devant l’appel ancestral du djembe.

C’était le seul bé mol d’un spectacle bien ficelé, à mon avis, pas trop africain, même si on se retrouve dans les grooves syncopés et les polyrythmies qui donnent à la musique africaine en générale son attrait unique et viscéral. Puis est venue l’offrande de la magnifique Malaïka chantée a cappella ien finale.

Militante comme toujours, Kidjo a rendu hommage à son père décédé il y a deux ans, celui qui avait tout fait pour qu’un jour “une femme africaine puisse se tenir debout, un micro à la main”. Et elle a rappelé que la solidarité des peuples ne vient pas des politiques, mais des gens comme nous qui avons, en fin de compte, tout le pouvoir.

Par Sophie Pascal

http://www.francofolies.com/multimedia-fr/video.aspx?id=280

http://www.myspace.com/angeliquekidjo

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