Avec Jeff Goldblum et Willem Dafoe

« La santé mentale est un lieu agréable et serein, mais où il n’y a plus de soubresauts exaltés, ni de vallées, ni de sommets. Je ne saute plus dans le feu, car j’ai peur maintenant de me brûler. Klein ne m’habite plus. » – Adam Stein, ressuscité.

Ce qu’on doit faire pour survivre, parfois on aimerait que personne ne le sache. Le supplice que l’on s’inflige à soi-même pour se permettre de manger un peu, le pacte qu’on fait avec le diable en échange de sa vie, la dignité que l’on écrase afin de survivre dans un espace-temps dénudé d’humanité, de justice et d’espoir… Et puis après, survivre à ces choix, survivre aux remords pour avoir survécu alors que d’autres sont morts. Survivre au fait d’avoir été impuissant devant l’annihilation de nos parents et enfants. Survivre à l’humiliation…

De quoi disloquer les logiques, dérégler les esprits les plus brillants, les plus nobles, et retourner l’arme contre soi. Et toujours cette question qui reste cruellement en suspend, sans réponse : pourquoi? Pourquoi?!

Incursion dans les décombres d’une existence déchiquetée à la main d’un tortionnaire dans un camp de concentration. Vingt ans après, les mécanismes de survie d’Adam Stein, renommé prestidigitateur à Berlin dans les années 1930, le présentent maintenant comme « instable », tantôt visionnaire, tantôt mégalomane.

Jeff Goldblum livre une performance troublante de vérité, dans un langage mélangé d’anglais et d’allemand, illustrant avec un réalisme saisissant une personnalité cassée par les atteintes répétées sur sa dignité par un certain Commandant Klein qui le réduit à l’état de chien. Pendant un an, Stein mangera dans une gamelle…

Il est difficile de rester indifférent devant un tel constat : la psychologie de la folie, de l’avilissement, de la culpabilité, de la honte, de l’autodestruction et de la punition, amène le regard du spectateur — disons-le, averti — d’une prison à une autre : d’abord celle des camps, puis de l’esprit dans laquelle la conscience se construit un équilibre à partir des pièces détachées d’un vécu relégué à l’inconscient. Puis cette autre prison, celle de l’institut psychiatrique pour survivants de l’Holocauste, au milieu du désert du Neguev en Israël, dont Stein sort lui-même en ouvrant les grilles à un autre et son pareil : un enfant, affecté, réduit, humilié, comme lui-même l’a été. Seul à le comprendre, il l’aide à se relever, littéralement. Il le nomme David Rex. Roi des chiens. Roi des Juifs.

La résilience de David devient une raison d’être pour Stein, un catalyseur de sa propre force intellectuelle et émotive qui lui permet de se reconstituer en un être sain et vivant. Ressusciter. Il y a tant de parallèles à dessiner…

De quoi soutenir la thèse de Boris Cyrulnik selon laquelle le « tuteur de résilience » serait un puissant vecteur de croissance et de guérison à la suite d’un traumatisme vécu. Tous les traumatismes.

Invraisemblable pour certains. Trop facile, le cinéma… Mais ceux qui savent, et qui sont parmi nous pour en témoigner, vous diront que c’est possible…

Sophie Pascal

ADAM RESSUSCITÉ (d’après le roman de Yoram Kaniuk) – 2008 – 106mn – Festival du cinema israélien de Montréal, mai 2010

Réalisation: Paul Schrader

Avec Jeff Goldblum et Willem Dafoe

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