Brothers, ou Dan et Aaron en version sous-titrée en français, c’est le film le plus beau jamais vu depuis longtemps, selon les dires de plusieurs à la sortie du film. Le tout Montréal judéophile était présent au Cinéma du Parc pour l’unique projection de ce film, dans le cadre du Festival du cinéma israélien de Montréal, le 3 mai 2010. La salle était bondée, un deuxième soir de suite.

Sur fond de politique interne en Israël, on touche à l’amour dans le sens le plus noble, le plus viscéral, celui de la patrie, de la famille, de la foi. Dans ce cas, patrie et religion sont à fleur de peau dans les convictions des uns et des autres, surtout dans le vécu de deux frères qui ne se sont pas revus depuis 25 ans et qui ont choisi des chemins diamétralement opposés. Même là, en matière de foi, s’agit-il de religion ou d’identité; alors que les ultra-orthodoxes peuvent être perçus comme étant les pourvoyeurs de la loi de la Torah, la seule vraie loi, le Tsahal les considère comme des lâches parias qui ne veulent que se soutirer au service militaire. Les discours juridiques dans un procès qui oppose cette communauté au gouvernement israélien sont fins et érudits, signifiant d’un coté la responsabilité d’une minorité envers l’étude de la Torah pour soutenir la Patrie en solidifiant sa fibre religieuse identitaire, et de l’autre la responsabilité de l’individu à soutenir la Patrie militairement pour faire face aux éléments hostiles de la région.

De là on saute vers les contrastes entre les convictions séculaires, laïques et foncièrement gauchistes d’un sionisme dit dépassé, et celles d’un “sionisme nouveau” qui repose sur le repli vers le fondamentalisme. D’où la crainte d’une déchirure de la société qui pourrait amener le pays vers une guerre civile, fratricide.

L’avocat-rabbin new yorkais qui défend les orthodoxes est un modéré dans l’âme, car il rêve d’un pays uni, mais en arrivant en Terre sainte il se retrouve parmi une majorité aujourd’hui constituée presque de laïcs et de juifs modérés. Il lui semble malheureux que le pays soit obligé de choisir l’un aux dépends de l’autre : le développement de la Patrie ou la sauvegarde de la religion… À la fin, devant l’argument que la seule solution valable serait la séparation de l’État et de la religion, il émet une nuance : le Judaïsme n’est pas ici religion mais le fondement d’un peuple. En quel cas il n’y a pas séparation.

Les deux avocats, un ultra conservateur et une laïque des plus modernes, sont opposés l’un à l’autre sur tout point de vue, mais ont l’intelligence de s’interroger sur des points politico-existentielles. Ils s’entendent pour dire qu’il n’arriveront pas à s’entendre. Mais le respect qu’ils ont l’un pour l’autre sur les plans professionnels, idéologiques et personnels, les poussent à s’aimer.

Un film intelligent, sensible et respectueux qui sert de leçon en matière de rapprochement et d’ouverture vers des dénouements jugées impossibles. À voir et à garder dans sa vidéothèque.

Sophie Pascal

Brothers / Dan et Aaron
2008 – 113mn – PRIX DU PUBLIC Festival du cinema Tous Ecrans 2008
Realisation : Igaal Niddam
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